Spectacle d’une chambre
La chambre est vaste, peuplée de lumières chaudes aux embrasements
lointains.
Vaporeuse, la pièce parle, dévoile ses secrets.
Tout y respire la volupté, l’heure heureuse de l’attente caressante d’un baiser à
venir.
Calme, entre les gazes odorantes qui s’exhalent du lit… le grand lit musqué des
amants.
Les draps défaits, l’odeur du santal, la respiration de l’amour qui enveloppe chaque
recoin. Centre nerveux des vies qui ont chantés ici.
C’est une chambre double. La coiffeuse au joli désordre féminin rappelle les frais
matins où l’heure n’a plus d’importance. Le parquet, si prompt à recevoir les linges et les crinolines est d’un brun léger, précieux. Un bouton de manchette sur la table de nuit, les rideaux
tirés et des bouquets de fleurs plus ou moins fanés que l’amoureuse n’a point eu le courage de jeter. Des livres d’heures éparpillés, des lectures vites achevées, parfois abandonnées sous la
torpeur du soleil qui filtre rouge sur les paupières somnolentes. Un bureau, ramené d’un voyage aux Indes, repose tel un exotique trophée dans un coin du boudoir, noyé d’objets inutiles mais
charmants.
C’est une chambre de caresses. Tout y est silencieux. La lumière orangée balaye
l’espace répandant son paisible halo sur le lit ouvert. Devant la fenêtre entrouverte, sous le frissonnement du voile brûlant, une chaise solitaire attend le retour de la contemplatrice
passionnée, qui, non tournée vers la ville à ses pieds observe son amant endormi chaque jour venant. Un élégant verre de vin, à demis remplis, rougeoie longuement dans l’air teinté de
jaune.
C’est une chambre de silence. Une robe d’intérieur se trouve nonchalamment étalé sur
le tapis persan, feutré, étouffant le bruit des pas des vivants. Un collier de nacre brisé se noie dans les coussins de la couche, souvenir intemporel des ardeurs de minuit. Soleil couchant sur
ce lieu mystérieux, ou se mêle la chair et l'esprit amoureux. Plongé dans les délices intimes des absents , le secrétaire de la jeune femme attire le regard. Elle n'a point pris la peine de
dissimuler sa correspondance, surement quelques lettres délicieuses attendant la relecture infini de l'heureuse destinataire.
C'est une chambre odorante. L'encens n'a point été épargné, et flotte dans l'air la
forte senteur des parfums de femme mêlés. Incandescence de cet amour inconnu au creux des couvertures douces; Le luxe de ce monde minuscule, sa sensualité, noie jusqu'à la plus petite chose. Un
simple ruban, abandonné par terre, dégage une tendresse infini.
Ambiance orientale et chaleureux silence, dans cette chambre s'éveillent les cinq
sens.
Lieu de rêves et de volupté, à présent complété par l'arrivée superbe de la
propriétaire. Vêtue d'ondulante fourrure, la peau mate et le chignon défait, elle pose un regard vert sur l'espace intime qu'elle vient de retrouver. Apparaît à sa suite, l'amant fougueux qui
sitôt la porte refermé s'abandonne au désir d'étreindre la belle... qui semble si fragile, dans cette chambre d'amour tant de fois spectatrice muette de leurs caresses
tremblantes.
........................................................................lilamor