« Toute révolution a pour corollaire le massacre des innocents »
Baudelaire.
Paris_ Automne 2023.
Morne journée. Assise à son bureau elle regardait la Tour Eiffel. Enfin, ce qu'il en restait. Dehors, il faisait froid. Le vent soufflait, les feuilles volaient, personne dans les rues. Qui aurait
pu imaginer que Paris deviendrait ainsi. Paris, ville politique et si dynamique, était devenu un trou à rat.
Paris _ Printemps 2009.
Les rues étaient bondées. Tous les jeunes de France s'étaient réunis. Paris était noir de monde. Le Président avait prit une décision qui avait révolté toute la population. Mai 1968 n'aurait pas pu
être comparé à ce jour là, tant de violence ne pouvait être comparé à presque rien d'ailleurs. Les jeunes n'hésitaient pas à se sacrifier pour le bien du peuple, des corps s'éclataient en tous sens
et le sang coulait dans les rues. Des enfants pleuraient, des femmes hurlaient, les utopistes étaient en avant garde et les peintres immortalisaient ce moment. Le Président allait enfin tomber.
Deux ans qu'il dirigeait la France. Deux ans de mensonges permanent, de discours sans fond, de paroles sans aucune signification, deux ans d'hypocrisie et de promesse. Deux ans pour si peu. Il ne
contrôlait plus rien ni personne. Hier il avait réussi à maîtriser tout le monde, à les faire taire. Aujourd'hui, c'était différent. Il fallait survivre pour ne pas finir dans la rue. Mais la rue
n'étaient plus sure et on y naissait aussi bien qu'on y mourrait. Plus loin, les forces de l'ordre s'étaient postées afin de maintenir le calme. Ils n'avaient aucun impact sur ces jeunes. Les
balles sifflaient sous le poids de la haine. Les morts se multipliaient, les martyrs aussi. Le Président, lui était considéré comme mort, et on voyait déjà les gros titres des journaux : « La
France Victorieuse. ». Les jeunes se rapprochaient telle une machine de guerre devant l'Élysée, le point levé, les pancartes à la main. Les affiches des dirigeants étaient brûlées, la ville
saccagée. L'aversion se lisait sur tous les visages, même ceux qui n'y comprenait rien se sentait concerné. Les extrémistes dirigeaient les jeunes, influençables, il fallait que le Président
capitule, qu'il reconnaisse ses fautes.
Il ne le fera jamais.
Paris_ Automne 2023.
Assise au milieu de tous ses papiers, elle se souvenait. Et elle se demandait comment aurait été la vie sans ces manifestations d'Avril 2009. La vie aurait sans doute été meilleure. Les dirigeants
n'auraient pas été perfides et avares, et le peuple obligé de partir.
Le Président avait été réélu, en fait, on ne l'appelait plus Président. Il était devenu un peu comme un tyran, un chah, un dictateur, un despote, un autocrate ... le pouvoir et les femmes l'avait
rendu avide et mauvais.
Assise sur cette chaise miteuse, elle avait envie d'agir. Quatorze années que le chaos régnait, que les gens ne faisaient rien, qu'ils n'avaient plus envie de rien d'ailleurs. Mais elle, elle
voulait faire bouger les choses, parce qu'Avril 2009 n'avait rien donné. Échec total. Il était peut être un peu tard, mais cette situation n'était supportable pour personne. Ou presque.
Paris_ Hiver 2023.
Tout était prêt. Le Président allait prononcer son discours près de l'Arc de Triomphe, elle n'aurait plus qu'à se glisser dans la foule, appuyer sur la détente et tout serait terminé.
La foule s'était réunie en masse, ne pas aller au discours du Président était mal vu, aussi bien que de ne pas aller à l'Église. Il commença à parler, les gens n'écoutaient pas, seuls quelques
fanatiques clamaient les louanges de cet homme qui avait changé leur vie. Elle se rapprocha un peu plus, pointa le revolver sur sa tempe, tira. Le Président s'effondra à terre, elle avait visé
juste. Les officiers pointèrent leurs armes en direction de la meurtrière. Les coups retentirent, elle tomba à son tour.
Risquer sa vie pour celle des autres.
La foule hurlait la victoire de la France. Le Président était mort. Cette femme, dont personne ne connaissait le nom, avait sauvé les Français. Quatorze ans de souffrance pour enfin pouvoir
respirer. Une flaque de sang se dessinait autour de la jeune femme, sa respiration devenait brève et elle avait froid, si froid. Son corps était porté afin de montrer sa gloire, sa grandeur. Elle
avait osé ce que tous auraient voulu faire.
Elle était devenue un héros.
Paris_ Été 2024.
Cet Hiver 2023 était connu de tous, son nom était connu de tous. En réalisant le rêve de la France , elle s'était sacrifiée, et le peuple lui en était vraiment reconnaissant. Les poètes pouvaient
écrire librement sans être persécutés, les mères n'avaient plus peur de laisser leurs enfants sortir. Les prisonniers politiques, gens qui dérangent, étaient libérés et pouvaient librement
s'exprimer.
On ne peut pas dire que le monde tournait parfaitement. En fait, il tournait un peu mieux.
Mais le sang coule toujours ...
Texte : Clo.