Tout de suite il ma aimé. Il m'a aimé comme on aime un ange, pas comme une femme. Ses illuminations, ses passions, ses lances de mots, cette croyance
qu'il avait en moi m'a troublé, m'a rendu à des peurs ancestrales. Il disait: "Je t'ais prise pour une morte, Margot." et il chantait mon prénom comme une sucrerie.
Il parlait doux et je reculais. Il posait sa tête sur mes genoux et je parlais dur pour fuir ce mirage d'amour qu'il m'offrait. Il mettait dans mon âme
tout ce qui n'était pas moi. Je tremblais de le décevoir, je me torturais de l'imaginer me mépriser. Je courais en sens inverse, mais une attraction immense dans ses yeux verts-d'or, une
tristesse infini à me voir si loin, me ramenait inexorablement sous l'éventail majestieux de ses mots.
Alors, un bonheur, une admiration démesuré nimbait ses orbes tendres. Un amour que je ne méritais pas, que je ne me sentais pas la force d'assumer. Il
mettait trop d'espoir en moi, ma médiocrité me rattrappait tant je le sentais avide d'extraordinaire.
En vérité, je lui ressemblais, mais j'avais eu l'expérience des désenchantements, et craignais qu'il me haisse pour n'avoir pas été à la hauteur de ses
espérances. J'ai essayé d'être sincère, cela ma brisé. Mais, je lui ai dit que j'étais une fille comme les autres, rien de plus. Il ne m'a pas écouté. J'aimais cette idolatrie comme je la
craignais, je ne voulais sombrer dans un jeu trop grand pour moi. J'étais si vulnérable. Il me croyait immuable mais j'étais accablé par cette démesure, brisé par cet amour qui me plongeait
dans mes imperfections tout en m'élevant au dessus du commun des mortels. J'étais juste une enfant grandit trop vite, aux fantasmes frémissants, aux passions dévorantes et aux amours
incomplets.
J'ai souhaité le faire fuir, puis je me suis résigné. Je passais ma main dans ses boucles serrées, je palpais cette chaleur simplement douce, en
songeant que c'était trop tard, qu'il m'avait apprivoisé.
Ainsi je suis devenu dépendante de cette passion merveilleuse. Il a appris à me connaître, l'admiration a fait place à une amitié inaltérable, unique.
L'attachement qui le lie à moi est réveur, éternel. Il est devenu unique au monde et je pense à lui entre les pages, à chaque mot de mon histoire.
Il a épuré ma forme, a remodelé mon corps, cette envelloppe qui me traîne dans l'espace. Il a laissé son empreinte quelque part. Je ne puis l'effacer, car
je ne sais où elle se trouve. J'ai bien cherché, j'ai tâté mon âme de part en part. Rien à faire, il m'a apprivoisé.
A présent, c'est à moi de craindre qu'il me quitte.
Il a pris son temps, il m'a emmêlé dans ses filets, il a dessiné des accroches coeur dans chacun de ses mots. Il est trop tard. A lui de bien me
garder.
Il n'a plus le droit de partir car je suis un peu lui et il est un peu moi.
.............................texte et photo lilamor
...................pour Mister B